Et si je mangeais mon placenta ?

Alors que les premiers exemples évoqués dans les journaux avaient simplement alimenté la rubrique des insolites, la multiplication des cas semble conduire à une normalisation du phénomène : la placentophagie gagne du terrain. Le placenta est organe qui relie la mère à l'enfant pendant la grossesse et est expulsé à l'accouchement. Consistant à ingérer le placenta expulsé après la délivrance, la placentophagie existait certes dans certaines traditions, mais a surtout été popularisée il y a quelques années aux Etats-Unis. Adoptée par de nombreuses célébrités et recommandée par des infirmières américaines, cette pratique a-t-elle vraiment de bonnes raisons d'être ?

Dans quel intérêt manger son placenta ?

Les raisons avancées par les adeptes de la placentophagie tendent à octroyer à cette dernière des vertus thérapeutiques. L'une des premières raisons avancées est la richesse du placenta en vitamines B12 et en fer. Ainsi, le déguster redonnerait des forces à la mère et lui permettrait d'éviter ou de limiter le gros coup de fatigue qui devrait s'abattre sur elle peu après l'accouchement. Est ensuite évoquée la forte teneur de l'organe fœto-maternel en hormones, ce qui faciliterait la sécrétion en quantité et en qualité du lait maternel. Enfin, le tissu placentaire contiendrait une grande quantité d'opioïdes contribuant à réduire le stress post-partum. Néanmoins, aucune étude scientifique n'a jusque-là démontré les bienfaits de la placentophagie. Et même si certains défenseurs de la pratique avancent comme argument que plusieurs espèces de mammifères mangent leur placenta après la mise bas, il n'en demeure pas moins que cela présente pour les êtres humains divers risques, quelle que soit la forme sous laquelle le tissu est consommé.

Sous quelles formes le placenta est-il consommé ?

Les placentophages ne mangent pas tous le placenta sous la même forme. Traditionnellement, la méthode connue était de le manger tout cru. Avec la popularité grandissante de la pratique, de nouvelles recettes de préparation placentaire pullulent de plus en plus sur les blogs et divers forums. Ainsi, on a pu noter de la lasagne au placenta ou du rôti de placenta. Le tissu placentaire est également consommé en smoothie, en pâté ou en curry. Mais la forme la plus sophistiquée est certainement la dragée. Certaines mères paient des laboratoires spécialisés pour que leur placenta soit encapsulé et qu'elles puissent l'ingurgiter sous forme de dragée. Ce mode de consommation, ainsi que tous les autres, entretiennent intrinsèquement des risques ou présentent des risques qui sont liés à la biologie du placenta lui-même.

Pour quelles raisons ne devrait-on pas manger du placenta ?

Avant d'être consommé cru, cuit, frit ou encapsulé, l'organe temporaire qu'est le placenta est sensible à la contamination par divers microbes dès qu'il est expulsé de l'organisme maternel et exposé à l'air libre. Considéré comme un aliment, le tissu placentaire doit alors être soumis à certaines dispositions sanitaires pour éviter qu'il soit contaminé par des bactéries ou divers microbes, et pour empêcher la prolifération et la survie de ceux qu'il contient déjà. Car oui, le placenta contient potentiellement des éléments toxiques. L'un des rôles du placenta pendant qu'il est encore dans le ventre de la mère consiste à protéger le fœtus contre divers virus, éléments polluants et toxines en les filtrant à travers sa paroi avant de transmettre exclusivement les éléments nutritifs au futur bébé. Par conséquent, le placenta est susceptible d'être porteur de multiples substances toxiques, ce qui implique que le consommer serait une sorte d'auto-empoisonnement. La combinaison de tous ces facteurs de risques fait de la placentophagie une pratique potentiellement dangereuse pour ceux et celles qui s'y adonnent. D'autant plus que les preuves scientifiques du bien-fondé de cette alimentation particulière se font encore attendre. Pourtant, la pratique s'est beaucoup répandue ces dernières années.

Où mange-t-on du placenta ?

Aux Etats-Unis, on mange du placenta ! Au-delà des pratiques traditionnelles autour du placenta dans diverses parties du monde notamment la Chine, l'ingestion du placenta s'est véritablement vulgarisée ces dernières années en partant des Etats-Unis. En partie, cela a été facilité par l'adoption de la pratique par des célébrités. Ces dernières ayant une grande influence sur les tendances dans de nombreux domaines, elles ont réussi à faire de la placentophagie une véritable mode à laquelle leurs fans s'adonnent, parfois sans calculer les risques. On se souvient notamment de January Jones, qui a affirmé en 2012 avoir mangé son placenta après l'accouchement. Très fière de ce choix, elle l'a justifié en précisant avoir suivi les conseils d'une doula qui lui aurait expliqué qu'une fois déshydraté, le tissu placentaire se transformerait en vitamines. Mais encore une fois, aussi bien cette affirmation que celle selon laquelle l'espèce humaine serait la seule à ne pas pratiquer la placentophagie n'ont pas été scientifiquement démontrées.
L'inexistence de preuves scientifiques n'a toutefois pas suffi à contrecarrer l'édiction de lois en faveur de la placentophagie. Même si lesdites lois, en vigueur notamment à Hawaï et dans le Nevada au Etats-Unis, n'ont pas spécifiquement encouragé à manger le placenta, elles précisent que chaque nouvelle maman est libre de récupérer son placenta si elle en formule le souhait. En France par contre, la loi va dans un tout autre sens.

Ce que dit la loi française sur l'utilisation du placenta

A l'heure actuelle, la législation française n'est pas à l'avantage des adeptes de la placentophagie. Il y a une vingtaine d'années, la fabrication de médicaments homéopathiques à base de placenta était encore autorisée. Mais ce n'est plus le cas depuis un arrêté du 28 octobre 1998 interdisant toutes opérations liées à cette pratique homéopathique. Par ailleurs, la loi du 07 juillet 2011 précise que le tissu placentaire, classé parmi les produits biologiques dont l'exploitation est soumise à autorisation, ne peut être prélevé qu'à des fins thérapeutiques et sur consentement de la personne opérée. L'utilisation du placenta en tant qu'aliment est-elle thérapeutique ? Non, à en croire les résultats d'une étude américaine sur les conséquences de l'ingestion du placenta.

Même si plusieurs femmes de par le monde clament les bienfaits que la consommation du placenta a apportés à leur santé, l'absence d'éléments scientifiques étayant ces affirmations suscite de multiples interrogations. Face à ces doutes, et en tenant compte des potentiels risques auxquels s'exposeraient les adeptes de la placentophagie, il serait certainement préférable de s'abstenir de manger du placenta en attendant d'avoir de meilleures preuves des bénéfices de cette pratique.

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