Halloween

Chaque veille de Toussaint, le 31 octobre, les citrouilles lumineuses, sorcières, vampires et autres démons envahissent nos rues. Longtemps limitée aux pays dans lesquels la tradition celtique reste vivace, la fête d'Halloween s'impose désormais en France comme un évènement incontournable. Décriée par certains comme trop commerciale, cette fête tire pourtant son origine de la nuit des temps et mérite que l'on s'y attarde un peu. Tour d'horizon pour tout connaitre des origines, de la signification et des traditions de la fête d'Halloween.

Un héritage des Celtes

Les Celtes ont régné sur l'Europe continentale durant 1500 ans (-1200 av JC à 300 ap JC). Guerriers redoutés et agriculteurs doués, les Celtes vivaient au rythme de la nature et de leurs complexes croyances religieuses. L'année celtique était divisée en deux grandes saisons : la saison sombre (1er novembre au 1er mai) et saison lumineuse (1er mai au 1er novembre). Cette année était notamment marquée par de grandes fêtes religieuses célébrées pour marquer l'harmonie entre les hommes et leurs dieux et ces changements de saisons. La fête de Beltaine du 1er mai était organisée pour marquer le réveil de la nature, le retour aux champs, à la chasse et à la guerre. Le 1er novembre était, lui, le point d'orgue des 7 jours de la célébration de la fête de Samain consacrée à l'arrivée de la saison sombre. Il s'agissait de remercier les Dieux pour l'année écoulée et de célébrer celle qui débutait. Les rites druidiques associés à celle-ci tendaient à ouvrir les portes de l'autre monde pour se rapprocher des Dieux et des défunts. Ainsi, les proches disparus étaient honorés et avaient leur place au banquet. Comme une conjuration des jours froids et sombres qui s'annonçaient, les Druides allumaient de grands brasiers. Ces feux sacrés, dédiés au soleil, étaient réputés pouvoir chasser les mauvais esprits et les familles pouvaient emporter une part de ce feu protecteur grâce à un braséro dédié à son recueil et son entretient. Une autre coutume consistait à se déguiser à l'aide de peaux d'animaux ou de ce teindre le corps pour incarner les démons de cet autre monde tout à la fois craint et respecté.

Une fête romanisée puis christianisé

L'expansion de l'Empire Romain, notamment en Europe occidentale, bouscule l'organisation sociétale et les croyances celtiques. Rome impose d'autant plus habilement ses Dieux et son autorité qu'elle intègre certaines traditions celtes. Ainsi, la fête de Samain perdure aux mêmes dates par une célébration des moissons et de la déesse Pomona (divinité romaine des jardins et des fruits). La célébration des morts est quant à elle renvoyée au 21 février. La conversion au christianisme de l'Empereur Constantin I au 4ème siècle impose progressivement dans tout l'empire une dimension chrétienne aux fêtes en vigueur.

L'Irlande un cas particulier

L'Irlande, non conquise pas Rome, échappe à ces changements et reste pour plusieurs siècles encore fidèle aux anciennes traditions celtiques. Il faut attendre l'arrivée au 6ème siècle de notre ère, de Saint Patrick et de ses missionnaires chrétiens, pour voir les croyances irlandaises se modifier en profondeur. Comme toute l'Europe, elle adopte au 8ème siècle, sur décision du pape Grégoire VIII, la célébration de la Toussaint au 1er novembre. Du fait de la non-romanisation de l'île, les traditions celtiques restent néanmoins vivaces en Irlande. Ainsi le 31 octobre demeure consacré à la célébration de rites considérés comme païens par l'Eglise. Halloween est en effet la contraction de l'expression anglaise d'"All Hallow's Eve" que l'on peut traduire par veille de Tous les Saints! Au moyen-âge, chaque 31 octobre, les pauvres irlandais et britanniques frappaient aux portes des riches maisons et recevaient des soul cakes (gâteaux d'âme) en échange d'une promesse de prières aux disparus de celles-ci. Cette tradition a ensuite été confiée aux enfants. En Écosse et en Irlande notamment, ces derniers se déguisaient et réclamaient des présents en échange d'une chanson, d'un poème ou d'un tour de magie.

Les migrants irlandais exportent Halloween

Au milieu du XIXème siècle, durement frappée par la famine, la misère et les répressions de l'occupant britannique, plus de deux millions d'Irlandais émigrèrent vers l'Amérique du Nord. A l'issue d'une traversée souvent éprouvante, ils s'implantent dans les campagnes et les villes américaines et canadiennes où ils forment une communauté catholique soudée. Les Irlandais d'Amérique du Nord apportent avec eux leurs traditions et leur goût des célébrations. La Saint Patrick (saint patron de l'Irlande) le 17 mars et Halloween le 31 octobre deviennent de véritables institutions aux Etats-Unis comme au Canada.

Le déroulement de la fête

Les rites d'Halloween tirent leurs origines des anciens rites celtes de Samain. La fête ouvre une porte sur le monde des morts. La frayeur que peut inspirer la mort et ses démons est conjurée par l'amusement! Les enfants rivalisent d'ingéniosité pour se déguiser en sorciers, squelette, vampire ou zombie pour extorquer, à la nuit tombée, quelques friandises aux habitants censés être terrorisés par ces hordes de l'autre monde. Les citrouilles, navets ou betteraves évidées rappellent tout à la fois le braséro du feu sacré et la légende de Jack-O-Lantern qui pour avoir pactisé et berné le diable se vit refuser l'entrée au paradis comme à l'enfer. Condamné à errer entre ces deux mondes, Jack n'obtint qu'une lanterne pour éclairer son chemin.

Tandis que les enfants déguisés s'en vont sonner de porte en porte pour réclamer des friandises au cri de « Trick or Treat » (farce ou friandise) dans le monde anglo-saxon et de « des bonbons ou un sort » en France ou en Belgique, les mamans s'activent en cuisine. La tradition veut en effet que cette nuit particulière s'accompagne d'un gâteau aux fruits légers appelé Barmbrack, d'une soupe ou d'une tarte avec la chair des potirons évidés et éventuellement de colcannon (un plat de pomme de terre et de choux). Dans ce dernier cas, une expérience culinaire assez particulière!

Les papas se concentrent, eux, sur la décoration de la maison et du jardin. Les lanternes démoniaques, les toiles d'araignées, les têtes de morts, les chauves-souris, les sorcières à balais, chats noirs et autres créatures infernales envahissent en effet les habitations, cafés et restaurants. Aux Etats-Unis, où la fête est célébrée par quasiment toute la population, la visibilité de cette dernière est particulièrement importante. Les voisins rivalisent d'inventivité et de talent pour faire de leur maison la plus inquiétante du quartier!

Un renouveau récent en France

Halloween n'est apparue que récemment en France. C'est en effet à la fin des années 1990, que la fête sous sa forme anglo-saxonne, a été réintroduite à l'initiative de quelques grandes marques. Après une célébration en berne dans les années 2000, elle semble reprendre un peu de vitalité. Elle est particulièrement appréciée parmi les enfants qui outre les friandises obtenues tiennent le pavé et imposent leurs exigences aux adultes! Le lundi 31 octobre 2016, les petits français ne manqueront donc pas de revêtir leurs atours les plus menaçants pour envahir les rues à la recherche de quelques bonbons sans nécessairement savoir qu'ils perpétuent une tradition trois fois millénaire.

Fêter Halloween c'est passer une soirée à se faire peur en famille ou entre amis. Cela peut sembler de prime abord assez paradoxale notamment dans les pays de culture latine qui cultivent un Art de vivre basé sur la convivialité et la vénération des bonnes choses de la vie. Néanmoins, depuis la nuit des temps, l'homme conjure ses craintes par la dérision. Halloween participe de cette conjuration. Cette fête très bon enfant permet d'aborder la mort sous l'angle festif avant d'honorer les défunts le lendemain de manière moins irrévérencieuse et beaucoup plus solennelle! Un équilibre intéressant qui peut permettre aux plus jeunes de comprendre en douceur le cheminement de la vie. Rendez-vous donc au 31 octobre prochain!

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